Le blogue de Sophie Morin

Analyse critique de la publication OPSQ sur le choix libre et éclairé.

L'OPSQ ne favorise pas un choix libre et éclairé de la population, malgré ce qu'il annonce

March 15, 20265 min read

L'OPSQ ne favorise pas un choix libre et éclairé de la population, malgré ce qu'il annonce

Le 10 mars 2026, l'Ordre professionnel des sexologues du Québec diffusait sur sa page facebook une publication soutenant sa campagne "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi".

Je me réjouissais que l'OPSQ accompagne la population à faire un choix libre et éclairé dans la sélection d'un.e professionnel.le compétent.e.

J'ai malheureusement été déçue de constater que la promesse annoncée n'était pas tenue et que la publication de l'OPSQ ne permettait pas à la population de prendre une décision libre et éclairée.

Dans cet article:

  • je décortique la publication de l'OPSQ du 10 mars 2026;

  • je vous présente pourquoi cette publication ne supporte pas la prise d'une décision libre et éclairée;

  • Je vous partage 4 questions essentielles pour évaluer si une source d'information vous permet de prendre une décision libre et éclairée;

  • Je vous explique pourquoi l'OPSQ ne respecte pas son mandat de protection du public en choisissant de diffuser ce type d'information.

La publication de l'OPSQ du 10 mars 2026

Publication facebook opsq 10 mars 2026

Publication facebook opsq 10 mars 2026

Comment vérifier si une source d'information supporte un choix libre et éclairé ?

Pour évaluer si une source d'information supporte la prise de décision libre et éclairée, tu peux te poser ces quatre questions:

  1. Est-ce que l'information est complète ?

    Une source qui te soutient dans ton choix te présente un portrait complet de la situation, pas seulement les éléments qui servent les intérêts de la source d'information.

  2. Est-ce que l'information est équilibrée ?

    Une source équilibrée te présente les avantages et les limites sans hiérarchie émotionnelle.

  3. Est-ce que l'information crée une pression ?

    Une source qui respecte ton autonomie ne t'induit pas de crainte pour orienter ton choix.

  4. Est-ce que l'information te permet d'arriver à ta propre conclusion ?

    Une source qui te permet de prendre une décision libre et éclairée te fournit l'information complète pour aboutir à ta conclusion, qui pourrait être différente de ceux qui t'ont fourni l'information.

Observons maintenant comment la publication de l'OPSQ du 10 mars 2026 coche "non" à chacune de ces questions:

1. Est-ce que l'information est complète ?

Si l'OPSQ avait un mandat corporatif et que son objectif était de faire la promotion de ses membres, on pourrait croire que les statistiques présentées sont complètes.

Mais l'Office des professions interdit aux Ordres professionnels de protéger les intérêts de ses membres au détriment de la population.

Ici, l'OPSQ annonce une campagne qui s'intitule "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi", aussi affiché sur son site web ici.

On s'attendrait donc à ce que l'OPSQ diffuse une information complète sur l'ensemble des acteurs qui offrent des services à la population qui se questionnent ou qui a besoin d'aide au sujet de la sexualité.

Mais l'OPSQ présente uniquement ses membres, comme le ferait une corporation.

La population n'a pas accès à des informations complètes pour choisir qui va les aider.

2. L'information est-elle équilibrée ?

Une publication équilibrée nécessiterait de porter attention aux proportions et au traitement de l'information.

Ici, une slide affirme offrir "un éventail de services qui permet à la clientèle de faire des choix.", mais cet éventail ne contient qu'une seule profession: les sexologues.

Ce n'est pas un éventail. C'est un couloir.

La publication surreprésente les avantages de faire affaire avec un sexologue sans jamais parler des limites du champ d'exercice, ni de la présence d'autres types d'intervenants.

Et la conclusion pointe vers la pertinence d'engager plus de sexologues dans certains milieux, sans jamais questionner si c'est réellement ce dont la population a besoin.

3. L'information crée-t-elle une pression ?

L'absence de pression nécessiterait que la publication n'ait pas de directionnalité dans la façon de partager l'information.

Ici, l'ensemble de cette campagne est directionnelle vers une seule chose: les sexologues.
Et nulle part, ni dans cette publication ni ailleurs sur le site web de l'OPSQ, il est possible de trouver de l'information juste et de qualité sur d'autres intervenants que les sexologues pour accompagner la population en ce qui a trait à sa sexualité et son intimité.

L'OPSQ pourrait choisir de présenter des statistiques concernant ses membres dans le but d'informer la population. Mais le faire dans le cadre d'une publication qui s'intitule "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi" crée une pression et ne favorise pas un choix éclairé "pour mieux choisir pour soi", si les autres options ne sont pas présentées.

4. Peut-on arriver à sa propre conclusion ?

Arriver à sa propre conclusion nécessite d'avoir eu en main toutes les informations pour choisir.
Qu'est-ce que le public peut vraiment choisir en lisant cette publication qui vise à "Mieux choisir pour soi"?

Afin de prendre cette décision de façon libre et éclairée, le public a besoin qu'on s'adresse à lui comme à une personne intelligente, capable de prendre ses propres décisions.
Ici, la publication n'offre pas le portrait de l'ensemble des ressources disponibles par territoire pour recevoir de l'aide. On ne sait pas s'il manque de ressources. Mais on invite la population à s'exprimer sur les lieux où il devrait y avoir plus de sexologues.
Comment le public pourrait adéquatement s'exprimer sur cette question sans avoir les informations nécessaires pour le faire?
Et comment le public peut-il répondre à cette question si nulle part dans la publication on parle des besoins de la population?


L'article 23 du Code des professions est explicite : chaque ordre a pour principale fonction d'assurer la protection du public, et non de protéger les intérêts de ses membres.

Alors comment l'OPSQ peut expliquer que le jupon de son corporatisme dépasse lorsque qu'il propose à la population de l'accompagner à "mieux choisir pour elle"?

Comment l'OPSQ peut justifier que l'information diffusée à la population ne coche pas "oui" au test de validité d'un consentement libre et éclairé?

Est-ce que la population ne serait pas en droit de s'attendre à ce que l'OPSQ mette à leur disposition des mécanismes leur permettant de prendre des décisions libres et éclairées dans le but de "mieux choisir pour elle"?


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Sophie Morin - Diplômée Bac & M.A. sexologie clinique

Sophie Morin est thérapeute diplômée d'un Bac et d'une M.A. clinique en sexologie de l'UQAM, ex-chargée de cours en Conscience réflexive à l'UdeM et invitée dans plus de 50 médias. Elle accompagne les personnes et les couples dans le développement de leurs compétences relationnelles, et propose une réflexion critique sur la protection du public dans l'industrie thérapeutique au Québec.

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Analyse critique de la publication OPSQ sur le choix libre et éclairé.

L'OPSQ ne favorise pas un choix libre et éclairé de la population, malgré ce qu'il annonce

March 15, 20265 min read

L'OPSQ ne favorise pas un choix libre et éclairé de la population, malgré ce qu'il annonce

Le 10 mars 2026, l'Ordre professionnel des sexologues du Québec diffusait sur sa page facebook une publication soutenant sa campagne "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi".

Je me réjouissais que l'OPSQ accompagne la population à faire un choix libre et éclairé dans la sélection d'un.e professionnel.le compétent.e.

J'ai malheureusement été déçue de constater que la promesse annoncée n'était pas tenue et que la publication de l'OPSQ ne permettait pas à la population de prendre une décision libre et éclairée.

Dans cet article:

  • je décortique la publication de l'OPSQ du 10 mars 2026;

  • je vous présente pourquoi cette publication ne supporte pas la prise d'une décision libre et éclairée;

  • Je vous partage 4 questions essentielles pour évaluer si une source d'information vous permet de prendre une décision libre et éclairée;

  • Je vous explique pourquoi l'OPSQ ne respecte pas son mandat de protection du public en choisissant de diffuser ce type d'information.

La publication de l'OPSQ du 10 mars 2026

Publication facebook opsq 10 mars 2026

Publication facebook opsq 10 mars 2026

Comment vérifier si une source d'information supporte un choix libre et éclairé ?

Pour évaluer si une source d'information supporte la prise de décision libre et éclairée, tu peux te poser ces quatre questions:

  1. Est-ce que l'information est complète ?

    Une source qui te soutient dans ton choix te présente un portrait complet de la situation, pas seulement les éléments qui servent les intérêts de la source d'information.

  2. Est-ce que l'information est équilibrée ?

    Une source équilibrée te présente les avantages et les limites sans hiérarchie émotionnelle.

  3. Est-ce que l'information crée une pression ?

    Une source qui respecte ton autonomie ne t'induit pas de crainte pour orienter ton choix.

  4. Est-ce que l'information te permet d'arriver à ta propre conclusion ?

    Une source qui te permet de prendre une décision libre et éclairée te fournit l'information complète pour aboutir à ta conclusion, qui pourrait être différente de ceux qui t'ont fourni l'information.

Observons maintenant comment la publication de l'OPSQ du 10 mars 2026 coche "non" à chacune de ces questions:

1. Est-ce que l'information est complète ?

Si l'OPSQ avait un mandat corporatif et que son objectif était de faire la promotion de ses membres, on pourrait croire que les statistiques présentées sont complètes.

Mais l'Office des professions interdit aux Ordres professionnels de protéger les intérêts de ses membres au détriment de la population.

Ici, l'OPSQ annonce une campagne qui s'intitule "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi", aussi affiché sur son site web ici.

On s'attendrait donc à ce que l'OPSQ diffuse une information complète sur l'ensemble des acteurs qui offrent des services à la population qui se questionnent ou qui a besoin d'aide au sujet de la sexualité.

Mais l'OPSQ présente uniquement ses membres, comme le ferait une corporation.

La population n'a pas accès à des informations complètes pour choisir qui va les aider.

2. L'information est-elle équilibrée ?

Une publication équilibrée nécessiterait de porter attention aux proportions et au traitement de l'information.

Ici, une slide affirme offrir "un éventail de services qui permet à la clientèle de faire des choix.", mais cet éventail ne contient qu'une seule profession: les sexologues.

Ce n'est pas un éventail. C'est un couloir.

La publication surreprésente les avantages de faire affaire avec un sexologue sans jamais parler des limites du champ d'exercice, ni de la présence d'autres types d'intervenants.

Et la conclusion pointe vers la pertinence d'engager plus de sexologues dans certains milieux, sans jamais questionner si c'est réellement ce dont la population a besoin.

3. L'information crée-t-elle une pression ?

L'absence de pression nécessiterait que la publication n'ait pas de directionnalité dans la façon de partager l'information.

Ici, l'ensemble de cette campagne est directionnelle vers une seule chose: les sexologues.
Et nulle part, ni dans cette publication ni ailleurs sur le site web de l'OPSQ, il est possible de trouver de l'information juste et de qualité sur d'autres intervenants que les sexologues pour accompagner la population en ce qui a trait à sa sexualité et son intimité.

L'OPSQ pourrait choisir de présenter des statistiques concernant ses membres dans le but d'informer la population. Mais le faire dans le cadre d'une publication qui s'intitule "Mieux comprendre, c'est mieux choisir pour soi" crée une pression et ne favorise pas un choix éclairé "pour mieux choisir pour soi", si les autres options ne sont pas présentées.

4. Peut-on arriver à sa propre conclusion ?

Arriver à sa propre conclusion nécessite d'avoir eu en main toutes les informations pour choisir.
Qu'est-ce que le public peut vraiment choisir en lisant cette publication qui vise à "Mieux choisir pour soi"?

Afin de prendre cette décision de façon libre et éclairée, le public a besoin qu'on s'adresse à lui comme à une personne intelligente, capable de prendre ses propres décisions.
Ici, la publication n'offre pas le portrait de l'ensemble des ressources disponibles par territoire pour recevoir de l'aide. On ne sait pas s'il manque de ressources. Mais on invite la population à s'exprimer sur les lieux où il devrait y avoir plus de sexologues.
Comment le public pourrait adéquatement s'exprimer sur cette question sans avoir les informations nécessaires pour le faire?
Et comment le public peut-il répondre à cette question si nulle part dans la publication on parle des besoins de la population?


L'article 23 du Code des professions est explicite : chaque ordre a pour principale fonction d'assurer la protection du public, et non de protéger les intérêts de ses membres.

Alors comment l'OPSQ peut expliquer que le jupon de son corporatisme dépasse lorsque qu'il propose à la population de l'accompagner à "mieux choisir pour elle"?

Comment l'OPSQ peut justifier que l'information diffusée à la population ne coche pas "oui" au test de validité d'un consentement libre et éclairé?

Est-ce que la population ne serait pas en droit de s'attendre à ce que l'OPSQ mette à leur disposition des mécanismes leur permettant de prendre des décisions libres et éclairées dans le but de "mieux choisir pour elle"?


opsqOrdre professionnel des sexologue du QuébecProtection du publicConsentement libre et éclairéchoix libre et éclairésexologue québecindustrie thérapeutiqueautonomie décisionnellecode des professionsSophie Morin thérapeuteQuitter ordre professionnel
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Sophie Morin - Diplômée Bac & M.A. sexologie clinique

Sophie Morin est thérapeute diplômée d'un Bac et d'une M.A. clinique en sexologie de l'UQAM, ex-chargée de cours en Conscience réflexive à l'UdeM et invitée dans plus de 50 médias. Elle accompagne les personnes et les couples dans le développement de leurs compétences relationnelles, et propose une réflexion critique sur la protection du public dans l'industrie thérapeutique au Québec.

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