
Tu cherches un thérapeute efficace?

Mais poses-tu les bonnes questions pour arriver à en sélectionner un?
Dans leur texte "Qui sont les psychothérapeutes efficaces?", Lecomte et al. (2004) ont fait une synthèse rigoureuse des prédicteurs d'une thérapie efficace.
Parmi les éléments cités, le thérapeute lui-même est le facteur le plus important parmi les facteurs communs qui prédisent l'efficacité d'une thérapie.
Contrairement à ce qui est mis de l'avant par les ordres professionnels, seulement 8 % de l'efficacité d'un thérapeute repose sur sa formation, son titre et son approche théorique (Wampold, 2001).
Ce qui prédit 92 % de l'efficacité d'un thérapeute repose sur :
Qui est le-la thérapeute comme personne?
Comment cette personne construit la relation?
Comment cette personne continue à se développer comme thérapeute?
Ces dimensions ne s'évaluent pas sur un CV, mais dans l'observation de la personne dans une interaction humaine.
À partir de la revue de littérature recensée par Lecomte et al. (2004), j'ai extrait 3 questions que tu peux poser à un.e thérapeute potentiel.le. Ces 3 questions permettent d'évaluer si cette personne a les qualités nécessaires pour être un thérapeute efficace.
L'infographie ci-dessous te donne un aperçu, mais voyons plus en profondeur ce que tu pourras observer en posant chacune de ces questions.
Cette question évalue la capacité du thérapeute à se réguler émotionnellement et à maintenir un équilibre de vie suffisant pour ne pas projeter ses propres enjeux sur ses clients. Un thérapeute efficace est quelqu'un qui a développé des stratégies concrètes et variées pour prendre soin de lui. Dans leur étude, Lecomte et al. (2004) nous apprennent que « Le degré de bien-être émotionnel du thérapeute apparaît lié au progrès thérapeutique du client. »
Un thérapeute qui prend soin de lui de façon sérieuse ne se contente pas d’une seule stratégie pour le faire. Il aura une multitude de moyens passant de l’autosoin aux demandes d’aide externes. Une réponse solide va inclure plusieurs éléments parmi les suivants :
Une supervision clinique régulière
Des discussions avec des collègues de confiance
Des saines habitudes de vie : sommeil, activité physique, alimentation
Un réseau social personnel solide, distinct de sa vie professionnelle
Des loisirs et des activités qui lui permettent de décrocher vraiment
Des pratiques de réflexion personnelle : écriture, lecture, méditation
Une démarche thérapeutique personnelle, passée ou en cours
La variété des stratégies nommées est en soi un indicateur. Un thérapeute qui ne mentionne que la supervision n'a qu'un seul levier, et ce levier dépend entièrement d'une autre personne. Ce n'est pas suffisant pour traverser les périodes difficiles de façon autonome.
Au-delà du contenu de la réponse, observe comment la personne reçoit la question. Un thérapeute efficace répond de façon calme et directe. Il peut être légèrement surpris par la question, sourire, prendre un moment pour réfléchir : ce sont des réactions normales. Ce qui compte, c'est qu'il apparaît devant la question. Il ne la détourne pas, ne la renvoie pas au client, ne la minimise pas.
Un thérapeute compétent connaît les stratégies de réduction du stress et de régulation émotionnelle, parce que c'est son domaine. S'il a du mal à nommer comment il les applique pour lui-même, c'est un signal : cette personne a du mal à apparaître devant son client, et les compétences qu'on cherche à développer chez les clients, elle ne les incarne pas elle-même.
Cette question évalue la capacité du thérapeute à reconnaître et traverser les moments de tension dans la relation thérapeutique. Cette compétence est l'une des plus différenciatrices, car il surviendrait en moyenne une micro-rupture d’alliance toutes les 2min30 dans un contexte de thérapie (Stern, 2004). Savoir identifier ces moments, se réguler et être en mesure de les adresser avec ses clients, de façon saine et constructive prédit largement l’efficacité d’une thérapie.
Un thérapeute efficace ne gère pas ces moments seul dans sa tête. Il en parle avec le client. Une réponse solide ressemble à :
"Je vais nommer ce que j'observe. Je vais dire au client que je sens que quelque chose a changé entre nous et lui demander ce qu'il en pense, sans jugement."
"Je ne cherche pas à savoir qui a tort. Je suis curieux de comprendre ce qui s'est passé pour lui et ce qui s'est passé pour moi."
"Si je réalise après la séance que j'ai manqué quelque chose, je le ramène la fois suivante. Je prends ma part sans me défendre."
"Je reste présent même quand c'est inconfortable. Je n'essaie pas de faire passer l'inconfort le plus vite possible."
Un thérapeute efficace arrive à réguler sa honte. Il parle de ces moments comme de quelque chose de normal dans toute relation thérapeutique, pas comme d'une exception ou d'un problème à éviter. Il décrit comment il s'engage avec le client dans ces moments, pas comment il les règle ou les fait disparaître.
Un signal d'alarme clair : un thérapeute qui dit que ça n'arrive pas avec ses clients. Soit cette personne ne reconnaît pas ces moments quand ils se produisent, soit elle les évite activement. Dans les deux cas, ça indique une limite importante dans sa capacité à travailler les enjeux relationnels qui sont souvent au coeur de ce qui amène quelqu'un en thérapie.
Cette question évalue comment le thérapeute se comporte quand il fait une erreur. Ce qu'on cherche à voir, c'est si cette personne est capable de rester stable et présente face à ses propres imperfections, sans disparaître dans la honte ni se défendre pour protéger son image.
C'est important pour deux raisons. D'abord, parce qu'un thérapeute qui perd ses moyens devant ses propres erreurs n'est plus disponible pour son client à ce moment-là. Ensuite, parce que la façon dont il gère ses erreurs modélise quelque chose pour le client : c'est possible de se tromper, de le reconnaître, et de continuer à avancer.
Un thérapeute efficace prend sa juste place face à ses erreurs : ni trop, ni pas assez. Une réponse solide ressemble à :
"Je vais le dire au client. Simplement, sans trop en faire. Et présenter des excuses, le cas échéant."
"Je vais lui demander comment il a vécu ce moment pour comprendre l'impact que ça a eu sur lui."
"Je vais profiter du moment pour explorer ce que ça soulève pour lui, parce que ça peut être utile."
Observe le rythme de la réponse. Une réponse trop rapide et automatique peut indiquer quelqu'un qui a une belle réponse préparée, mais qui ne l'a pas nécessairement vécue. Une longue hésitation, un malaise visible, ou une réponse qui tourne autour du pot peuvent signaler que la question elle-même active quelque chose de difficile pour cette personne.
Une réponse optimale vient de quelqu'un qui répond avec calme, qui donne des exemples concrets, et qui nomme spontanément l'intention d'utiliser ce moment pour que le client puisse en tirer quelque chose. Cette personne n'a pas besoin que son client la voie comme infaillible pour se sentir compétente. Et ça se voit dans la façon dont elle en parle.
Ces trois questions sont conçues pour être posées dans une vraie conversation, en temps réel. Ce que tu cherches à observer ne se trouve pas seulement dans le contenu de la réponse, mais dans la façon dont la personne la reçoit, dans son ton, son rythme, sa présence. Une réponse par écrit ou par courriel ne te donnera pas accès à cette information.
Pose ces questions lors d'un premier contact téléphonique ou lors d'une première rencontre d'exploration. La plupart des thérapeutes offrent une consultation initiale. C'est exactement le bon moment pour les poser.
Tu n'as pas à tout analyser de façon parfaite. Ce que tu cherches, c'est une impression générale : est-ce que cette personne est à l'aise avec elle-même? Est-ce qu'elle répond de façon concrète et ancrée? Est-ce qu'elle apparaît devant les questions difficiles? Ces impressions sont valides. Elles font partie de l'information disponible.
Sources
Lecomte, C., Savard, R., Drouin, M.-S. et Guillon, V. (2004). Qui sont les psychothérapeutes efficaces? Implications pour la formation en psychologie. Revue québécoise de psychologie, 25(3), 73-102.
Stern, D.N. (2004) The present moment in psychotherapy and everyday life. New York: W.W. Norton.
Wampold, B. E. (2001). The great psychotherapy debate: Models, methods and findings. Mahwah, NJ:

Tu cherches un thérapeute efficace?

Mais poses-tu les bonnes questions pour arriver à en sélectionner un?
Dans leur texte "Qui sont les psychothérapeutes efficaces?", Lecomte et al. (2004) ont fait une synthèse rigoureuse des prédicteurs d'une thérapie efficace.
Parmi les éléments cités, le thérapeute lui-même est le facteur le plus important parmi les facteurs communs qui prédisent l'efficacité d'une thérapie.
Contrairement à ce qui est mis de l'avant par les ordres professionnels, seulement 8 % de l'efficacité d'un thérapeute repose sur sa formation, son titre et son approche théorique (Wampold, 2001).
Ce qui prédit 92 % de l'efficacité d'un thérapeute repose sur :
Qui est le-la thérapeute comme personne?
Comment cette personne construit la relation?
Comment cette personne continue à se développer comme thérapeute?
Ces dimensions ne s'évaluent pas sur un CV, mais dans l'observation de la personne dans une interaction humaine.
À partir de la revue de littérature recensée par Lecomte et al. (2004), j'ai extrait 3 questions que tu peux poser à un.e thérapeute potentiel.le. Ces 3 questions permettent d'évaluer si cette personne a les qualités nécessaires pour être un thérapeute efficace.
L'infographie ci-dessous te donne un aperçu, mais voyons plus en profondeur ce que tu pourras observer en posant chacune de ces questions.
Cette question évalue la capacité du thérapeute à se réguler émotionnellement et à maintenir un équilibre de vie suffisant pour ne pas projeter ses propres enjeux sur ses clients. Un thérapeute efficace est quelqu'un qui a développé des stratégies concrètes et variées pour prendre soin de lui. Dans leur étude, Lecomte et al. (2004) nous apprennent que « Le degré de bien-être émotionnel du thérapeute apparaît lié au progrès thérapeutique du client. »
Un thérapeute qui prend soin de lui de façon sérieuse ne se contente pas d’une seule stratégie pour le faire. Il aura une multitude de moyens passant de l’autosoin aux demandes d’aide externes. Une réponse solide va inclure plusieurs éléments parmi les suivants :
Une supervision clinique régulière
Des discussions avec des collègues de confiance
Des saines habitudes de vie : sommeil, activité physique, alimentation
Un réseau social personnel solide, distinct de sa vie professionnelle
Des loisirs et des activités qui lui permettent de décrocher vraiment
Des pratiques de réflexion personnelle : écriture, lecture, méditation
Une démarche thérapeutique personnelle, passée ou en cours
La variété des stratégies nommées est en soi un indicateur. Un thérapeute qui ne mentionne que la supervision n'a qu'un seul levier, et ce levier dépend entièrement d'une autre personne. Ce n'est pas suffisant pour traverser les périodes difficiles de façon autonome.
Au-delà du contenu de la réponse, observe comment la personne reçoit la question. Un thérapeute efficace répond de façon calme et directe. Il peut être légèrement surpris par la question, sourire, prendre un moment pour réfléchir : ce sont des réactions normales. Ce qui compte, c'est qu'il apparaît devant la question. Il ne la détourne pas, ne la renvoie pas au client, ne la minimise pas.
Un thérapeute compétent connaît les stratégies de réduction du stress et de régulation émotionnelle, parce que c'est son domaine. S'il a du mal à nommer comment il les applique pour lui-même, c'est un signal : cette personne a du mal à apparaître devant son client, et les compétences qu'on cherche à développer chez les clients, elle ne les incarne pas elle-même.
Cette question évalue la capacité du thérapeute à reconnaître et traverser les moments de tension dans la relation thérapeutique. Cette compétence est l'une des plus différenciatrices, car il surviendrait en moyenne une micro-rupture d’alliance toutes les 2min30 dans un contexte de thérapie (Stern, 2004). Savoir identifier ces moments, se réguler et être en mesure de les adresser avec ses clients, de façon saine et constructive prédit largement l’efficacité d’une thérapie.
Un thérapeute efficace ne gère pas ces moments seul dans sa tête. Il en parle avec le client. Une réponse solide ressemble à :
"Je vais nommer ce que j'observe. Je vais dire au client que je sens que quelque chose a changé entre nous et lui demander ce qu'il en pense, sans jugement."
"Je ne cherche pas à savoir qui a tort. Je suis curieux de comprendre ce qui s'est passé pour lui et ce qui s'est passé pour moi."
"Si je réalise après la séance que j'ai manqué quelque chose, je le ramène la fois suivante. Je prends ma part sans me défendre."
"Je reste présent même quand c'est inconfortable. Je n'essaie pas de faire passer l'inconfort le plus vite possible."
Un thérapeute efficace arrive à réguler sa honte. Il parle de ces moments comme de quelque chose de normal dans toute relation thérapeutique, pas comme d'une exception ou d'un problème à éviter. Il décrit comment il s'engage avec le client dans ces moments, pas comment il les règle ou les fait disparaître.
Un signal d'alarme clair : un thérapeute qui dit que ça n'arrive pas avec ses clients. Soit cette personne ne reconnaît pas ces moments quand ils se produisent, soit elle les évite activement. Dans les deux cas, ça indique une limite importante dans sa capacité à travailler les enjeux relationnels qui sont souvent au coeur de ce qui amène quelqu'un en thérapie.
Cette question évalue comment le thérapeute se comporte quand il fait une erreur. Ce qu'on cherche à voir, c'est si cette personne est capable de rester stable et présente face à ses propres imperfections, sans disparaître dans la honte ni se défendre pour protéger son image.
C'est important pour deux raisons. D'abord, parce qu'un thérapeute qui perd ses moyens devant ses propres erreurs n'est plus disponible pour son client à ce moment-là. Ensuite, parce que la façon dont il gère ses erreurs modélise quelque chose pour le client : c'est possible de se tromper, de le reconnaître, et de continuer à avancer.
Un thérapeute efficace prend sa juste place face à ses erreurs : ni trop, ni pas assez. Une réponse solide ressemble à :
"Je vais le dire au client. Simplement, sans trop en faire. Et présenter des excuses, le cas échéant."
"Je vais lui demander comment il a vécu ce moment pour comprendre l'impact que ça a eu sur lui."
"Je vais profiter du moment pour explorer ce que ça soulève pour lui, parce que ça peut être utile."
Observe le rythme de la réponse. Une réponse trop rapide et automatique peut indiquer quelqu'un qui a une belle réponse préparée, mais qui ne l'a pas nécessairement vécue. Une longue hésitation, un malaise visible, ou une réponse qui tourne autour du pot peuvent signaler que la question elle-même active quelque chose de difficile pour cette personne.
Une réponse optimale vient de quelqu'un qui répond avec calme, qui donne des exemples concrets, et qui nomme spontanément l'intention d'utiliser ce moment pour que le client puisse en tirer quelque chose. Cette personne n'a pas besoin que son client la voie comme infaillible pour se sentir compétente. Et ça se voit dans la façon dont elle en parle.
Ces trois questions sont conçues pour être posées dans une vraie conversation, en temps réel. Ce que tu cherches à observer ne se trouve pas seulement dans le contenu de la réponse, mais dans la façon dont la personne la reçoit, dans son ton, son rythme, sa présence. Une réponse par écrit ou par courriel ne te donnera pas accès à cette information.
Pose ces questions lors d'un premier contact téléphonique ou lors d'une première rencontre d'exploration. La plupart des thérapeutes offrent une consultation initiale. C'est exactement le bon moment pour les poser.
Tu n'as pas à tout analyser de façon parfaite. Ce que tu cherches, c'est une impression générale : est-ce que cette personne est à l'aise avec elle-même? Est-ce qu'elle répond de façon concrète et ancrée? Est-ce qu'elle apparaît devant les questions difficiles? Ces impressions sont valides. Elles font partie de l'information disponible.
Sources
Lecomte, C., Savard, R., Drouin, M.-S. et Guillon, V. (2004). Qui sont les psychothérapeutes efficaces? Implications pour la formation en psychologie. Revue québécoise de psychologie, 25(3), 73-102.
Stern, D.N. (2004) The present moment in psychotherapy and everyday life. New York: W.W. Norton.
Wampold, B. E. (2001). The great psychotherapy debate: Models, methods and findings. Mahwah, NJ:
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